L'affaire Bogdanoff

 

Où tout commence par un canular…

 

En 1996 le physicien américain Alan Sokal publie dans la revue de sociologie " Social Text " un article intitulé " Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique ". Ce titre énigmatique cache un texte bourré d'absurdités scientifiques et de jargon pseudo-philosophique. Ce n'est rien d'autre qu'une parodie, ce que l'auteur révélera immédiatement après publication (on peut trouver aujourd'hui sur le site http://www.elsewhere.org/cgi-bin/postmodern/ un petit générateur d'articles parodiques " à la Sokal "). De ce canular naîtra une polémique qui culminera avec la publication en 1997 du livre " Imposture intellectuelles " par Alan Sokal et Jean Bricmont. Sans revenir sur les détails de la controverse, rappelons que beaucoup y ont vu une attaque en règle des sciences " dures " contre les sciences " molles ", tandis que les auteurs concluaient leur ouvrage par un appel à la Raison et à un retour des Lumières .

 

Contre-attaque ?

 

C'est dans ce contexte qu'à partir d'octobre 2002, une véritable tempête va déferler sur le monde feutré de la physique théorique. Tout s'y mêle : scandale, rumeurs, règlements de compte, le tout amplifié par l'internet. Pas moins d'une dizaine d'articles en quelques semaines sont consacrés à l'affaire dans la presse du monde entier, dont le New York Times, The Independent, Die Ziet, Le Monde, Nature… Certains lecteurs français seront peut-être étonné d'apprendre que les frères Bogdanoff, chers au cœur de nombreux nostalgiques de " Temps X " sont dans l'œil du cyclone . Depuis plusieurs années ils se sont lancés dans la recherche, plus particulièrement la théorie quantique des champs et la cosmologie. Grichka a obtenu un doctorat de mathématiques en 1999, et Igor un doctorat de physique en 2002. Ils ont publié cinq articles, dont un dans " Annals of Physics " et un autre dans " Classical and Quantum Gravity ", deux revues prestigieuses. Ce sont ces articles qui vont attirer l'attention de nombreux physiciens : incompréhensibles même par des spécialistes, ils ne seraient qu'un mélange indigeste d'éléments de vocabulaire technique, sans aucune signification générale précise. La rumeur commence alors à se répandre qu'il s'agirait d'un canular (bien que d'une ampleur supérieure) orchestré en réponse à " l'affaire Sokal ".

 

Démentis outragés.

 

Cependant à la différence d'Alan Sokal, les Bogdanoff nient en bloc et avec la plus grande véhémence cette interprétation des faits. Il est clair en effet que les jumeaux médiatiques n'ont pas volontairement bluffé leurs jurys de thèse ni les revues scientifiques auxquelles ils ont soumis leurs articles. Il n'en demeure pas moins que de l'avis de nombreux spécialistes (John Baez, Alain Connes, entre autres), ni les thèses ni les articles des Bogdanoff n'ont le moindre sens. Mais les Bogdanoff ont leurs défenseurs : on les trouve notamment au sein des jurys qui ont accepté leurs thèses. Comment le public, pris à témoin au milieu d'une bataille d'experts sur un sujet très complexe peut-il se faire une opinion ? Les Bogdanoff sont-ils des génies incompris, cloués au pilori par la Science Officielle, ou tout simplement des imposteurs ? Peut-on aujourd'hui publier n'importe quoi dans des revues de physique, et n'importe qui peut-il obtenir un doctorat ? Et enfin : comment en est-on arrivé là ?

 

 

Le piège de la querelle d'experts.

 

Les jumeaux ont beau jeu de faire valoir que la recherche est de nos jours extrêmement spécialisée, que plusieurs scientifiques les soutiennent (encore que, du bout des lèvres), et que les attaques contre eux émanent de gens qui ne connaissent pas bien leur domaine. Ainsi déclaraient-ils récemment dans la revue Science et Pseudo-Science : " …nos idées reposent, pour l'essentiel, sur une théorie mathématique très compliquée et très récente (celle des groupes quantiques) que bien peu de physiciens et de mathématiciens (y compris Alain Connes) connaissent, ce qui explique que les fondements mêmes de notre description de la physique à l'échelle de Planck et en deçà échappent, par définition, à la plupart de nos contradicteurs . ". Or il se trouve qu'Alain Connes est le fondateur d'une théorie (la géométrie non-commutative) qui bien que n'étant pas exactement celle des groupes quantiques, a des liens profonds et nombreux avec cette dernière. Ainsi n'importe quel mathématicien trouverait l'affirmation des Bogdanoff saugrenue et d'une prétention inouïe. Seulement voilà : sur un plateau de télévision ou dans un journal grand public, cela constitue une assez bonne ligne de défense. En effet on ne voit pas très bien ce que pourrait répondre quelqu'un qui n'est pas un tant soit peu expert.

Fort heureusement, il n'est nul besoin d'avoir recours à un expert en la circonstance : un simple passage dans une bibliothèque universitaire (ou une consultation des catalogues sur internet) confirmera que les groupes quantiques ne sont pas un sujet si obscur. De fort nombreux livres ont été écrits sur la question, j'en possède moi-même quatre dont certains ont été publiés il y a presque dix ans. Voilà pour la théorie " très récente " que bien peu connaissent… En outre, quelques clics de souris supplémentaires permettront de télécharger un article de 57 pages sur les groupes quantiques écrit par…Alain Connes, censé tout ignorer du sujet !

 

" Le plan d'oscillation du pendule de Foucault est nécessairement aligné avec la singularité initiale."

 

On voit bien que la posture des Bogdanoff qui consiste à récuser les experts en se drapant dans la complexité de leur sujet ne résiste pas à une simple vérification à la portée de chacun. Mais qu'en est-il du fond ? Si l'étude critique de la défense des deux frères peut faire naître des soupçons sur leur honnêteté intellectuelle, cela ne prouve pas que leurs articles ne contiennent que du vent. Pour juger du fond, doit-on en fin de compte s'en remettre aux experts ? Pas nécessairement : même si tout le monde ne peut pas arbitrer une controverse scientifique, chacun peut juger en revanche, du bon respect de la méthode scientifique générale. Ainsi, au minimum, chacun doit être capable de communiquer ses résultats ou ses hypothèses dans le langage technique standard, et si des concepts nouveaux sont nécessaires, ils doivent être clairement définis. Or ce minimum n'est pas atteint dans les articles des frères Bogdanoff. Une discussion qui a eu lieu sur internet entre le physicien John Baez et Igor Bogdanoff est éclairante sur ce point . L'un des articles incriminés contenait la phrase suivante :

" Ainsi, le plan d'oscillation du pendule de Foucault est nécessairement aligné avec la singularité initiale marquant l'origine de l'espace physique S3 , de l'espace euclidien E4 (décrit par une famille d'instantons Ibeta de rayon beta quelconque), et enfin, de l'espace-temps Lorentzien M4. "

Notons d'abord que tous les mots employés sont standards en physique théorique. C'est leur agencement qui est étonnant ! John Baez commence par faire remarquer que la singularité initiale (c'est-à-dire le " big-bang ") ne s'est pas produit en un point précis de l'espace, mais partout à la fois. Les Bogdanoff précisent alors leur raisonnement, qu'il me soit permis de le résumer : puisque le big-bang s'est produit partout à la fois, et que le plan d'oscillation du pendule de Foucault se conserve, quelle que soit la manière dont un pendule oscille, son plan d'oscillation reste aligné avec la singularité initiale. On flaire le sophisme, mais je préfère laisser la conclusion à John Baez, dont l'ironie fait mouche :

" Remarquez que cela n'a rien n'a voir avec les instantons. En fait, ça n'a rien à voir avec le big-bang ! Cela revient réellement à dire la chose suivante : quelle que soit la manière dont un pendule oscille, il y a un point dans son plan d'oscillation. Mais alors cela n'a rien à voir non plus avec les pendules ! Le contenu réel est celui-ci : tout plan contient un point ! "

Mais la meilleure preuve de l'absurdité des articles des Bogdanoff, c'est tout simplement qu'ils aient pu être pris pour des canulars, ce qui est à ma connaissance unique dans l'histoire des sciences. Chose rare également : le comité éditorial de " Classical and Quantum Gravity " s'est fendu d'un communiqué expliquant que l'article des Bogdanoff n'aurait jamais dû être publié, et qu'il s'agissait d'une erreur dans le processus de contrôle.

 

Combien de Bogdanoff ?

 

Tout cela n'est pas bien grave, dira-t-on. Voire… Une chose est sûre en tout cas, " l'affaire Bogdanoff " a d'ores et déjà rejoint d'autres affaires : " l'affaire Yves Rocard ", l'affaire de la mémoire de l'eau, celle de la fusion froide, etc… qui émaillent régulièrement le cours de la science, et elle est déjà exploitée comme telle par les tenants des pseudo-sciences (1).

De plus, une question vient naturellement à l'esprit : si les Bogdanoff ont pu publier des articles et obtenir des doctorats sur la seule base de leur habileté certaine à jargonner, combien d'autres, moins médiatiques, l'ont fait sans que personne ne s'en aperçoive ? Il faut savoir que parmi les milliers d'articles scientifiques qui paraissent chaque année, très peu sont lus. Une blague populaire dans le milieu des chercheurs veut que le nombre moyen de lecteurs par article soit de 1, auteur compris. Dans ces circonstances, le seul garde-fou reste la pratique du " refereeing ". Lorsqu'on soumet un article pour publication à une revue, celui-ci est envoyé à un, ou parfois plusieurs, " referee ". Un referee est un expert qui va déterminer l'intérêt scientifique de l'article, chercher les éventuelles erreurs et émettre un avis. Si cet avis est positif l'article sera publié. Le système fonctionne donc à condition que les referees fassent sérieusement leur travail. La plupart du temps, ils le font. Mais le contexte hyperconcurrentiel de la recherche actuelle ne leur facilite pas la tâche : pour le jeune chercheur en proie à la précarité de l'emploi, c'est " publie ou crève ". La tentation est alors grande de pratiquer l'auto-plagiat, et de délayer ses idées sur plusieurs articles publiés dans des revues différentes. Comme tout le monde le fait, la quantité d'articles augmente considérablement, au détriment de la qualité. On n'hésitera pas non plus à publier des conjectures très peu étayées, ou à rédiger dans un style volontairement obscur, pour laisser la concurrence dans le flou. Tout ceci contribue à faire baisser le niveau de rigueur, et des referees surchargés finissent par recommander la publication d'un article qu'ils ont lu en diagonale et qui leur a paru vaguement sensé. La principale conséquence est que parmi tous les articles qui se publient, beaucoup n'ont pratiquement pas d'intérêt, tandis que d'autres sont truffés d'erreurs ou d'inexactitudes. Et un jour une revue finit par publier un article " qui n'est même pas faux " car il n'a tout bonnement aucun sens. On pourrait rétorquer que cela n'est pas très grave puisque les articles ne sont pas lus. Mais tout de même, certains le sont, et le plus souvent les articles sont basés sur d'autres articles : on voit l'effet boule-de-neige que cela peut entraîner. En noircissant un peu le tableau, on pourrait finir par craindre que la science finisse par se diluer, au lieu de progresser.

En théorie des cordes (2) , par exemple, bien malin qui peut dire aujourd'hui avec exactitude quel est l'état de l'Art. Dans ce domaine spéculatif par excellence, on n'hésite pas à publier des conjectures basées sur…d'autres conjectures. Jusqu'au jour où tout le monde ou presque fini par croire que la conjecture initiale est démontrée, alors qu'elle ne l'est pas (3) . La situation est encore aggravée par le fait que beaucoup de physiciens, qui par tradition préfèrent l'originalité à la rigueur, ne maîtrisent pas les mathématiques requises par leur théorie, ce dont les Bogdanoff ont sûrement profité.

 

" S'ils sont arrivés jusque là c'est qu'ils ont le niveau. "

 

Mais l'affaire Bogdanoff n'a pas seulement mis en lumière les défauts du système des publications scientifiques : les Bogdanoff ont également obtenu des doctorats (l'un en physique et l'autre en mathématiques) à l'université de Bourgogne. Que penser de leurs thèses ? La même chose que de leurs articles, car le contenu est assez semblable. L'un des rapporteurs, Igniatios Antoniadis déclare même (4) " Le langage scientifique était juste une apparence derrière laquelle se cachaient une incompétence et une ignorance de la physique, même de base. ". Grichka obtient donc une thèse de mathématiques, avec la mention honorable, la plus basse, rarement attribuée. Quant à Igor, sa soutenance est ajournée jusqu'à ce qu'il publie des articles : on a vu ce qu'il en était. Il obtiendra donc sa thèse trois ans plus tard, lui aussi avec la mention honorable. Qu'il ait pu l'obtenir sur la base d'articles qui ont été acceptés alors qu'ils n'auraient pas dû l'être constitue un parfait exemple de l'effet boule-de-neige que nous avons dénoncé plus haut. Mais la thèse des frères Bogdanoff n'est malheureusement qu'un exemple révélateur d'un scandale beaucoup plus vaste : la dévalorisation générale du doctorat. Pour des raisons qu'il serait trop long d'expliquer ici, on forme aujourd'hui dans les universités françaises beaucoup trop de doctorants, alors qu'à la sortie il y a trop peu de postes d'enseignant-chercheurs. Dans ce contexte, une appréciation mitigée ou une mention seulement honorable constitue un coup d'arrêt immédiat à la carrière universitaire. Pour cette raison, ainsi que pour complaire au directeur de thèse, qui est souvent un ami, voire un obligé, les jurys n'osent que très rarement donner cette mention, encore moins refuser une thèse. Un argument qu'on entend souvent pour justifier un tel laxisme est " de toute façon s'il en est arrivé là c'est qu'il a le niveau ". Vous avez dit boule-de-neige ? On m'a rapporté l'histoire d'un docteur en mathématiques qui n'a toujours pas réussi à obtenir le CAPES malgré plusieurs tentatives.

Le doctorat n'a donc aujourd'hui qu'une valeur très relative, et une thèse ayant seulement obtenue la mention honorable n'aurait jamais due être acceptée : cela a de quoi surprendre le public, mais il convient de l'informer, dans la mesure où certains se targuent de ce titre pour revendiquer une reconnaissance scientifique. Soulignons que les principales victimes de ce laxisme sont les jeunes chercheurs eux-mêmes : en effet, si l'on ne peut plus se fier à l'obtention de la thèse, ni à la publication d'articles, c'est sur des critères encore moins objectifs que la sélection se fera. Il est vrai qu'il est difficile de sanctionner quelqu'un après trois ans de travail, mais on pourrait penser à introduire une sélection à l'entrée, par exemple en demandant aux doctorants d'être titulaires de l'agrégation, ce que font déjà de nombreux directeurs de thèse.

 

Merci Igor et Grichka ?

 

On aura compris que notre intention n'est nullement de " démolir " les frères Bogdanoff. Avec leur émission Temps X, ils ont sûrement contribué à faire naître beaucoup de vocations scientifiques. Bien qu'ils aient souvent tendance à favoriser le sensationnel, ils ont un réel talent de vulgarisateurs et réussissent encore à captiver le public avec leur (trop) courte émission, Rayons X. Il s'agit plutôt de pointer du doigt plusieurs graves dysfonctionnements de la recherche scientifique. À ce titre on serait tenté de les remercier ! Cependant, même si un rappel à la rigueur s'impose, il serait naïf de croire que cela suffira et que tout va rentrer dans l'ordre. Car la vraie cause du scandale est la pression imposée aux chercheurs, particulièrement les jeunes, pour publier toujours plus d'articles : il faut être rentable, être productif pour obtenir un poste, pour le garder ou pour avoir de l'avancement. Il convient d'insister sur ce point, qui est la véritable origine du problème, car on voit bien quel profit ceux qui aujourd'hui étranglent la recherche publique, en particulier la recherche fondamentale, pourrait tirer de l'affaire Bogdanoff.

 

Références :

Alan D. Sokal, " Transgressing the Boundaries : Towards a Transformative Hermeneutics of Quantum Gravity ", Social Text 46/47 (spring/summer 1996), p. 217-252. Traduction de A. Sokal et J. Bricmont.

Alan Sokal, Jean Bricmont " Impostures intellectuelles ", Odile Jacob, 1997

Le débat se poursuit dans l'ouvrage récemment paru : " À l'ombre des Lumières ", débat entre Régis Debray et Jean Bricmont, aux éditions Odile Jacob.

Science et Pseudo-Sciences, revue de l'AFIS, N° 259, Octobre 2003.

" Cyclic Cohomology, Quantum group symmetries and the local index formula for SUq(2) .", disponible sur http://www.alainconnes.org/

google groups : sci.physics.research, message initial de John Baez, " Physics bitten by reverse Alan Sokal hoax? " ,23-10-2002

Igor Bogdanoff, " Topological origin of inertia. " , Czechoslovak Journal of Physics, 51 (2001), 1153-1236.

 

Notes :

 

(1) Par exemple sur http://perso.wanadoo.fr/casar/M116.htm ou encore http://www.jacqmin.net/alain/fichiers/reponse1.html

(2) La théorie des cordes est la théorie la plus en vogue parmi celles qui visent à unifier la relativité générale d'Einstein et le modèle standard des particules élémentaires.

(3) Voir l'article de Carlo Rovelli, " A dialog on quantum gravity. ", hep-th/0310077 et l'article de Peter Woit. On pourra aussi consulter la page web de Peter Woit.

 

(4) Le Monde, 19-12-2002

 


La réponse des frères Bogdanoff.

Suite à mon article, Igor et Grichka Bogdanoff m'ont écrit. Je leur accorde volontiers un droit de réponse. Mais que cela soit bien clair : les propos qu'ils tiennent dans le lien ci-dessous n'engagent qu'eux et la présence de ce lien sur mon site ne signifie en aucune façon que moi ou les personnes citées dans ce texte souscrivent aux propos tenus par les frères Bogdanoff. D'ailleurs c'est plutôt le contraire... (voir plus bas)

Lire leur réponse

Qu'il me soit de plus permis d'ajouter à leur très longue réponse quelques courtes remarques.

1) Tout d'abord je maintiens absolument tout ce que j'ai écrit, à l'exception du nombre d'articles : c'est peut-être bien 6 plutôt que 5.

2) Les frères Bogdanoff s'appuient sur un grand nombre de citations sorties de leur contexte. Chacun sait que ce procédé permet souvent de modifier profondément le sens général d'un texte. Il est donc important de vérifier auprès de chaque auteur cité que sa pensée n'a pas été trahie, ce que je vais faire dans les prochains jours.

----> Je l'ai déjà fait pour Urs Schreiber, voici sa réponse. Je crois que cela se passe de tout commentaire.

----> Je viens également de recevoir la réponse de Peter Woit. Edifiante également.

---->...et celle de Will Kinney. Cela fait donc trois démentis sur trois vérifications. Je crois qu'il est inutile d'aller plus loin.

3) En ce qui concerne Baez et sa non-lecture du français, je peux déjà répéter ce qu'il dit sur son site : un article ne peut pas se baser sur un travail inaccessible à la communauté des chercheurs. En ceci il a parfaitement raison.

4) Certaines de ces citations sont extraites de rapports de thèse. Or, le langage employé dans cette circonstance est extrêmement diplomatique, et demande à être décrypté. On ne dit jamais " cette thèse est nulle ", mais plutôt " tel passage demande à être éclairci ". Par exemple, la phrase " le travail de GB présente un certain intérêt sur le plan mathématique " n'est pas réellement élogieuse…

5) Il ne faut pas perdre de vue que malgré ces rapports, les frères Bogdanoff ont obtenu la mention honorable, ce qui est rare et très négatif.

6) Les frères Bogdanoff affirment que leurs travaux ont été cités : j'aimerai savoir par qui et dans quel contexte.

7) L'argument selon lequel " le mail de Tours " serait à la base de tout ne tient pas. Si les articles des Bogdanov ne prêtaient pas le flanc à la critique aucun mail, fut-il de Tours, n'eût pu déclancher pareille affaire. Je souligne que cela n'implique pas nécessairement que les travaux des Bogdanov soient forcément sans valeur, cela signifie seulement qu'il faut examiner leur travail, et non pas tel ou tel événement déclencheur de l'affaire, qui n'a d'intérêt que sociologique.

8) Concernant l'affaire " du plan d'oscillation du pendule de Foucault ", les frères Bogdanov continuent à brouiller les pistes par un impressionnant déploiement de mots techniques compliqués. Il demeure qu'un plan est un plan, que le pendule de Foucault n'est qu'un pendule, et que ceci n'a rien à voir avec le big-bang, les instantons ou je ne sais quoi d'autre. Les enfants de 12 ans savent peut-être que le big-bang a eu lieu partout, mais les frères Bogdanov auraient mieux fait de s'en souvenir car ce simple fait rend leur assertion totalement triviale.

9) Il est d'ailleurs étrange que les frères Bogdanov qui sont par ailleurs de si bons vulgarisateurs soient incapables d'expliquer simplement et clairement leurs travaux. Je ne parle même pas de l'exprimer en termes compréhensibles par tous, je conçois que cela n'est pas forcément évident, mais au moins en termes compréhensibles par les non-spécialistes. Cela se fait régulièrement dans les séminaires pour tout type de théorie, et cela permettrait d'éviter les arguments du type " untel n'a pas le droit à la parole car ce n'est pas un spécialiste ".

10) Le précédent point est d'ailleurs caractéristique d'une stratégie de défense qui consiste à impressionner plus qu'à démontrer. En conclusion je dirais qu'ils se défendent trop.

 


Derniers développements :

29/11 : Tribune bien sentie et fort bien documentée de Jean-Pierre Messager sur le site d'action-critique-média

21/10 : Un article d'Hervé Morin (le Monde, 15/10) résume l'affaire et reprend les grandes lignes de l'article de D. Fossé, rien de bien neuf donc. Selon cet article les Bogdanoffs auraient admis avoir utilisé des pseudos (voir plus bas). On y apprend également leur livre s'est vendu à 80 000 exemplaires.

23/09 : En kiosque depuis ce matin : La Recherche N°379, avec ma critique du livre des Bogdanoffs. En kiosque également, Ciel et Espace N°413, avec un dossier très complet de David Fossé, qui reprend et prolonge les informations dont les lecteurs de ce site ont eû la primeur.

25/08 Pour les développements les plus récents de cette affaire, consultez le site d'épiphysique, tenu par YBM un habitué des newsgroups, infatigable contradicteurs des jumeaux. Ces derniers l'ont même pris pour moi dans un premier temps... d'ailleurs quiconque leur apportait la contradiction était immédiatement identifié à Fabien Besnard ! Non, non je n'ai pas dit parano...
Les Bogdanoffs enfin reconnus par leurs pairs !

12/06 J'ai lu le livre des Bogdanoffs "Avant le big bang" (ils me l'ont gentiment envoyé). Autant le dire tout de suite, ceux qui aiment la vulgarisation scientifique à la sauce Temps X seront déçus, car il s'agit avant tout d'un long auto-plaidoyer. Mais il y a surtout, au moins à deux reprises, un exemple de la méthode peu orthodoxe que les frères Bogdanoff utilisent pour se défendre : faire dire à leurs détracteurs le contraire de ce qu'ils pensent ! Les détracteurs en question sont une fois encore Peter Woit et Urs Schreiber.

Voici la réaction de Peter Woit à ce procédé pour le moins cavalier :

http://www.math.columbia.edu/~woit/blog/archives/000034.html

On y apprendra également qu'un certain professeur Yang, défenseur de la pensée Bogdanovienne, semble aussi virtuel que certaines particules...

 Le professeur Yang contre-attaque !

http://golem.ph.utexas.edu/~distler/blog/archives/000375.html

Scoop : un nouveau défenseur des Bogdanov ! Curieusement il envoie des mails qui passent par le même relais que le professeur Yang et les frères Bogdanov. Il s'appelle Roland Schwartz et il est très en colère :

De :roland (schwartz@lbb.zzn.com)

Objet :Re: les frerres bogdanoff

Groupes de discussion :fr.sci.physique

Date :2004-06-05 11:18:08 PST

 

Je suis postdoc (ma thèse porte sur les groupes de Lie) et je suis

totalement en désaccord avec l'article que tu as publié sur ce que tu

appelles "l'affaire bogdanoff". Non seulement tu nous prend pour des

imbéciles en tentant de nous faire avaler des contre vérités, mais ta

morale de scientifique me paraît bien douteuse. Ton article, à la fois

arrogant et prétentieux, est en fait un mélange pernicieux

d'accusations sans fondement, de mensonges en coulisse et tu t'y

comportes comme une sorte de "collabo de la bonne conscience

scientifique" (NDLR : souligné par moi). Bref, tu auras compris que je trouve ton pamphlet

anti-bogdanoff inadmissible en science.

> Justement, j'ai vérifié. Fais-le c'est très simple : tu prends l'annexe du

> bouquin des Bogdanov où ils citent Schreiber. Tu vas sur le site de

> Schreiber, tu compares. Tu vois que tous les passages (parfois au milieu

> d'une phrase !) où Schreiber donne son avis (très négatif) sur les travaux

> des frères B. ont été purement et simplement caviardés.

 

Faux et archi-faux. J'avais lu il y a deux ans le texte de Schreiber

et j'ai comparé avec la version publiée dans l'annexe du livre Avant

le Big bang : c'est exactement la même chose. La seule chose qui

n'apparait pas, c'est ce qui est extérieur au compte rendu de

Schreiber : Deux phrases dans lesquelles il dit ceci :

 

"Just to make sure: I do not think that any of the above is valid

reasoning.

I am writing this just to point out what I think are the central

"ideas"

the authors had when writing their articles and how this led them to

their

conclusions."

 

(juste une précision : je ne pense pas que ce qui précède renvoie à un

raisonnement valide. J'écris ceci simplement pour mettre en évidence

ce que je pense représenter les idées centrales des auteurs lorsqu'ils

ont écrit leurs articles et ce qui les a amenés à leurs conclusions).

 

Cette précision n'apportant (ni n'enlevant) strictement rien au compte

rendu scientifique que Schreiber s'efforcait de faire, je comprends

parfaitement que les Bogdanoff ne l'aient pas publiée. Schreiber peut

penser ce qu'il veut des idées des Bogdanoff. Il a le droit de ne pas

être d'accord. C'est comme ça en science : un tel n'est pas d'accord

avec un tel qui, lui, est d'accord avec tel autre, etc. Pour ce qui

me concerne, je me contrefiche de savoir ce que pense Schreiber des

travaux des Bogdanoff. Ce qui m'importe, c'est ce que je pense MOI (de

toutes façons : Shreiber n'est pas mathématicien et ne comprend qu'une

toute petite partie des recherches des Bogdanoff).

 

Qu'on se comprenne bien : là où je ne te suis plus du tout, c'est

quand tu essayes par tous les moyens de les faires passer pour des

gens malhonnêtes : ce n'est pas eux mais toi qui "caviarde" la

réalité des faits. En plus, je te trouve vraiment "court" pour les

attaquer ainsi : je n'ai vu nulle part dans ton texte la moindre

tentative d'analyse scientifique. C'est facile d'affirmer, comme tu

le fais, que leur travail est absurde, alors que tu n'es même pas

capable de fournir le plus petit élément de démonstration qui

viendrait confirmer tes dires. Si (comme ils l'ont fait) tu avais

publié toi-même des papiers dans Annals of Physics ou Annals of

Mathematics, on pourrait en reparler. Mais comme tu n'as jamais rien

fait dans ce domaine, on se demande bien comment et pourquoi tu

interviens avec tellement de prétention contre les deux frêres. Dans

leur bouquin (que je trouve absolument remarquable) ils expliquent

qu'ils 'ont passé dix ans à travailler sur leurs idées : tu crois que

tous ceux qui les ont encadrés pendant des années n'auraient pas vu

qu'ils faisaient fausse route si tel avait été le cas? Moi, entre

l'avis de Lichnerowic (l'un des plus grands mathématiciens au monde

qui connaissait bien les travaux des Bogdanoff et les soutenait) et

le tien, je pense vraiment qu'il n'y a pas photo.

 

 

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